Le Châtelet de Crêt-d'Ot

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Le Châtelet de Crêt-d'Ot

Message par lebeaujus le Jeu 26 Mai - 3:01

Le Châtelet de Crêt-d'Ot

Comme un îlot rocheux, au milieu de la plaine de Reignier, émerge, dans la campagne, le monticule qui portait le Châtelet de Crêt d'Ot, sur les confins de la commune de Cornier, entre La Roche et Reignier.

Bâti sur un rocher isolé, dont l'escarpement facilitait la défense, il occupait un vaste emplacement élargi encore par une première enceinte qui encerclait le pourtour inférieur de son large socle, et dont les fondations sont encore apparentes. Le château qui tenait toute la superficie supérieure de ce rocher, constituait une puissante forteresse rectangulaire, dont la courtine formée d'épaisses murailles subsiste en partie. A l'extrémité méridionale, se dresse encore une tour, perchée sur le roc, du plus gracieux effet. On retrouve à sa base quelques restes du parement en belles pierres de taille, qui revêtait ses murs aujourd'hui décrépis. Comme les Allinges, dans le Chablais, le Châtelet de Crêt d'Ot, dans le Faucigny, est une des ruines qui donnent le mieux l'impression formidable et grandiose de l'architecture féodale.

Le nom de cette antique place forte a été écrit différemment : Crêt-d'Ot, Crêt-d'Ost, Crêt-d'Oz, Credoz, Credu, Credo. L'orthographe authentique semble avoir été Crêt-d'Ot ou Crêt d'Ost, qui désignait un lieu de rassemblement de l'Ost, lors des montres ou revues ordonnées au moyen-âge par les seigneurs à leurs vassaux afin de s'assurer du nombre d'hommes en état de porter les armes.

Le Châtelet de Crêt d'Ot occupait un point stratégique sur la route de la Roche à Bonne, par Boringe et Nangy. Il était le chef-lieu d'un important mandement qui relevait du duc de Savoie après les sires de Faucigny, et comprenait les communes d'Arenthon, Scientrier, Cornier, Jussy, Reignier et Saint-Romain avec les châteaux de Syrier, Boringe, Polinge, Arculinge, Bellecombe, Marsinge, Plagne, Saintange, Villy, Meyrens, Magny.

Ce château dont l'origine remonte au début du XIIIe siècle aurait appartenu primitivement aux comtes de Genevois et aurait été enclavé dans lés possessions des sires de Faucigny (charte du 10 mai 1225). Il devint ensuite la propriété de ces derniers qui le transmirent à Agnès, fille d'Aymon II de Faucigny, épouse de Pierre II, comte de Savoie, lequel y fit des réparations importantes (lettres patentes de Versoix du 7 juin 1263). A la mort d'Agnès (11 août 1268), une ligue se forma entre Philippe de Savoie et Béatrix de Thoyre-Villars, soeur d'Agnès, contre Béatrix de Faucigny, fille d'Agnès, veuve depuis peu de temps de Guigues VII. La Dame de Thoyre réussit à s'emparer de la Dauphine et de son fils Jean, qu'elle emprisonna au château de Vigon. Cette dernière obtint sa libération en remettant en gage à sa tante et au comte Philippe, divers châteaux du Faucigny, notamment Crêt- d'Ot (15 novembre 1269). Suivant accord en date du 13 février 1270, tous ces châteaux furent placés sous la garde de Philippe de Savoie. La paix fut conclue le 3 août 1271 entre Mugnier, Mém. et Doc. Sté Sav. Hist. et Archéol. tome XXIX. D'après Viollet-le-Duc, on désignait par Châtelet, non pas une résidence seigneuriale, mais un fort habité par un capitaine et des hommes d'armes, et destiné à la défense ou à la garde d'un poste. Béatrix de Thoyre et Béatrix de Faucigny qui reprit ainsi Crêt d'Ot. Suivant actes des 26 et 27 mai 1293, la dauphine fit donation entre vifs à son cousin Amédée V de Savoie, de divers châteaux, entre autres Crêt d'Ot, que le comte lui inféoda. Par le traité de Montmélian du 16 août 1308, entre Amédée V d'une part, et Béatrix et le dauphin Hugues d'autre part, il fut stipulé que le Châtelet de Crêt d'Ot demeurerait un fief du comte de Savoie. La terre du Châtelet fut ensuite vendue à Amé de Viry, puis à Jean du Clos, de qui Philippe de Savoie la racheta en 1441, au prix de 4.377 écus d'or. Donné en apanage à Philippe de Savoie, duc de Nemours (14 août 1514), Crêt-d'Ot fut cédé par celui-ci en douaire, à son épouse Charlotte d'Orléans, suivant contrat du 17 septembre 1528, et resta dans la famille de Nemours jusqu'en 1659. Lorsque le duc Victor-Amédée II vendit ses châteaux, en 1700, le « Châstelet de Credoz » fut acheté aux enchères par les Granery, comtes de Mercenasque, marquis de La Roche.

Le 22 mai 1702, il fut inféodé avec d'autres terres, par Victor-Amédée II, au seigneur abbé Marc-Antoine Granery et à son héritier, le chevalier Maurice-Ignace Granery, qui devint marquis du Châtelet de Crêt-d'Ot. Charles-Gaspard-Bernard Granery possédait encore le Châtelet en 1732.

En 1706, ce château était à l'état de masures. Jadis, les sires de Faucigny y installèrent un sénéchal puis un châtelain, comme à Faucigny, Châtillon, Bonneville, Charousse, etc...

Il apparaît comme vraisemblable que le Châtelet de Crêt-d'Ot souffrit des invasions et, peu à peu abandonné, tomba en ruines. Aujourd'hui, cette antique place-forte est déserte. A ses pieds, un vieux moulin ajoute à la mélancolie du lieu le clapotis monotone et rythmique de ses aubes moussues. Seuls quelques rares touristes ou archéologues visitent en passant ses ruines silencieuses et admirent du haut de ses terrasses le superbe panorama qui embrasse toute la riante vallée de l'Arve.

Description

Le bourg forme un décagone irrégulier .Il entoure le rocher du château et du côté sud-ouest,son enceinte reste toute proche des murs du château .Deux portes donnaient accès à ce bourg entouré de fossés encore visibles .Devant la porte du côté de Reignier ,les eaux du ruisseau du Bornis et de ses biefs ,passant par un grand étang avec écluses,alimentaient les fossés et un moulin , lequel existe encore .L’autre porte regardait La Roche .L’une d’elle s’appelait la porte du vidomne(porte domini vidonis).Il y avait semble-il un capitaine des portes .

En pénétrant par la porte du côté de Reignier , près de l’étang du moulin , porte dont il ne reste plus que les murs des courtines ,on trouve à main droite , l’ancien chemin qui conduit au château assis sur un rocher ,à pic du côté du bourg, accessible seulement par l’ouest .Ce chemin suit les murs du bourg, passe en dessous du donjon, dont il est séparé par un fossé creusé dans le roc,puis , par un détour brusque ,il franchit ce fossé du côté sud à un endroit où devait se trouver un pont-levis.L’assaillant était ainsi dominé par la courtine sud du château ,très élevée à cet endroit.Au delà du pont , se trouvait la première porte (porta prima castri),dont on voit encore les traces .Cette porte permettait d’accèder à un long couloir montant ,large seulementd’un peu plus de 2 mètres ,sorte de braie ,commandée à l’extrémité par le donjon et deux murs de courtines .Juste avant d’arriver au rocher supportant le donjon , on trouve à main droite du couloir , la deuxième portes ( seconda porta) qui ouvrait sur la cour .Ce dispositif d’entrée est extrêmement intéressant et dénote un art perfectionné de la défence des places .Sur le parcours d’arrivée , l’assaillant était sous les traits du défenseur.La grande cour en forme d’éperon suit exactement la disposition du rocher .A part le donjon et la courtine sud , la ruine des fortifications est très avancée, cependant le plan en est facile à trouver , grâce aussi aux comptes des châtelains

Le donjon circulaire ,malgré les nombreuses destructions, offre une masse importante.Il s’élève sur le rocher qui, même du côté de la cour ,lui forme un socle .Son diamètre à la base mesure 7m68,ne laissant qu’un vide intérieur de 2m08,avec des murs épais de 2m80.Il conserve encore une hauteur de 14 mètres .Tout le blocage des murs était recouvert à l’extérieur par un bel appareil de roches bleuâtres taillées, dont seules deux ou trois assises sont conservées à la base .Les premières pierres de taille mesurent 1m15 sur 0m73 de large.On ne pouvait pénétrer à l’intérieur que par une porte ouverte à 6 mètres au-dessus du sol,à laquelle on parvenait par un pont de bois . Cette passerelle , d’après l’axe de l’ouverture ,devait s’appuyer à l’angle de l’habitation voisine .La porte voûtée en plein cintre,appareillée en tufs et roches , donnait accès à une petite pièce dont le sol était un plancher ; on en voit encore les trous pour les poutres .En dessous se trouvait la cave ,peut-être une citerne ,à laquelle on ne pouvait descendre que par une échelle ou une corde .Cette pièce du donjon est voûtée en forme de coupole avec un trou circulaire au centre permettant de parvenir par un escalier en bois à la salle du donjon :aula turris , cette dernière un peu plus grande du fait du retrait des murs au-dessus de la voûte (diamètre 2m58).Cette salle est éclairée par une fenêtre à plein cintre au sud .Le couronnement de la tour a disparu , il est possible que la salle ait été voûtée. Par une échelle en bois , on arrivait à la terrasse supérieure crénelée,mais pourvue d’un toît conique ,avec un grenier et un hourdage (allorium) indiqué dans les comptes de châtellenie.

Cette construction qualifiée de grande tour , de tour blanche (turri albe castri) est incontestablement une œuvre du XIII ème siècle , époque de Pierre II de Savoie , époux d’Agnès de Faucigny ? appelé « Le petit Charlemagne « , qui voyagea en Aquitaine , Poitou, Angleterre et repris en Faucigny , à son compte, les techniques nouvelles de l’époque en matière de fortifications .Par les déclarations de sa femme Agnès , nous savons qu’il finança à grands frais les travaux à Crédoz (avant 1263).

Au nord de cette tour ronde , mais distincte d’elle ,sétendait le donjon , habitation dont il reste une partie des substructions qui se terminent par une tour carrée du côté de Reignier.Ce bâtiment avait deux divisions au moins et une longueur d’environ 21 mètres .Au premier étage , il comprenait , en allant du sud au nord , la grande salle « magna aula » et la salle des « harnois »(camera arnesiorum), soit des armures .On y parvenait par un escalier extérieur protégé par un toît ou loge .Au haut de l’escalier, deux portes permettaient d’entrer soit dans la grande salle , soit dans la salle des armures où habitait le châtelain .Cette dernière communiquait avec la tour carrée(turris quadrate) où il y avait une pièce d’habitation , qualifiée quelquefois de turris camere arnesiorum.Nous pensons que cette tour carrée ,qui commande le chemin d’accès ,a dû être la partie ancienne du château , peut être une partie du donjon primitif , construit très antérieurement aux travaux de Pierre II de Savoie .Elle mesurait 8 mètres sur 8. Des latrines étaient disposées en 1360, sur le flanc de cette tour .La grande salle y avait deux cheminées, la salle des harnois une ..Au rez de chaussée du bâtiment d’habitation se trouvaient les cuisines , dépendances , caves .Il ne semble pas qu’il y ait eu un deuxième étage au-dessus des salles .

Pour le reste du château , nous avons quelques renseignements .Contre la courtine , à droite en entrant par la porte principale , on voyait le four et l’étable .Au dessus s’élevait sur le mur , une guérite ou « muete » fréquemment détruite par le vent ou la neige . L’extrémité sud –est de la cour se terminait par une autre tour carrée presque complètement arasée, qualifiée de turris supra villam, qui était elle reliée aux murs de courtines par des galeries en bois ou alloirs (allorium).De là , en suivant les mouvements du rocher , la courtine rejoignait la tour carrée .Elle était défendue sur ce front par une petite tour circulaire ( parve turris rotonde) bien visible encore sur le plan .Il est probable qu’il y avaient d’autres constructions en bois pour les logements de la garnison , du personnel domestique ,et une citerne taillée dans le roche existe encore .Les murs des courtines , très élevés , surmontés de hourdages , étaient défendus par des guérites en bois ou échiffes .Nous avons déjà indiqué celle qui était près de la porte .On énumère dans les comptes de châtellenie des bretèches et quatre échiffes .Comme partout pour ce type de place forte , ily avait dans la cour un emplacement pour les machines de siège .En 1308-1309, il est procédé à la réparation de la tour des balistes et de la baliste dite « de cornu » du château .C’est là que l’année précédente sont fabriquée sept « bocettes », sortes de projectiles pour l’attaque et la destruction des murs de Genève et de Ville La Grand .Le Chatelet du Crédoz servait constemment de point de concentration ^pour des troupes envoyées aux sièges de Monthoux, des Allinges , de Montforchier,de Beaufort…



En résumé , ce château offre des indications très intéressantes pour l’architecture de cette époque .la plus grande partie des courtines et le donjon datent du milieu du XIII siècle .Les réparations postérieures sont minimes et le château délaissé n’a pas subi de grandes modifications .Il faut remarquer l’appareil très soigné de la courtine sud , épaisse de 7 pieds. Elle s’élève encore sur une hauteur de plus de dix mètres ; on a là un appareil moyen appliqué contre les blocages intérieurs très solides .Il est incontestable que le Châtelet du Credoz , par ses habiles dispositions défensives , était une des places les plus fortes du pays .
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Source:
gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Collections numérisées, 2008-75094, Mémoires & documents publiés par l'Académie salésienne 11/12/1928
Description de Louis Blondel : châteaux de l’ancien diocèse de Genève ,série in-4, tome septième ,publié par la Société d’Histoire et d’Archéologie de Genève 1956

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