Marc-Claude de Buttet - poete né en 1530

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Marc-Claude de Buttet - poete né en 1530

Message par lebeaujus le Lun 24 Oct - 9:13

Marc-Claude de Buttet, est un poète et gentilhomme savoisien (XVIe siècle), né en 1530 à Chambéry et mort en 1586 à Genève, membre du courant humaniste, en relation avec la Pléiade.


Biographie

Marc Claude de Buttet était seigneur de la rente féodale de Grésy en Genevois (aujourd'hui Grésy-sur-Aix). Il est issu d'une ancienne famille de la noblesse savoisienne originaire d'Ugine. Depuis la fin du XIVe siècle, ses ancêtres se sont distingués, non seulement comme secrétaires des comtes et ducs de Savoie à Chambéry, mais également auprès des comtes et ducs de Genevois (future Branche des Genevois-Nemours), à Annecy.

Son père, Claude de Buttet, ancien Maître-Auditeur à la cour des Comptes de Genevois à Annecy, fut ensuite syndic de Chambéry. Son grand-père paternel, Mermet de Buttet, héritier de la seigneurie d'Entremont au Bourget, était secrétaire du duc Louis Ier de Savoie. Sa mère, Jeanne-Françoise de La Mar, était originaire de Genève.Son grand-père maternel, Jean-François de la Mar, était syndic de Genève.

En 1536, deux événements vont profondément influencer son sort :

* Genève combat victorieusement le duc de Savoie et impose le protestantisme ; le poète sera, toute sa vie, partagé entre ses parents savoisiens catholiques et sa famille genevoise protestante.
* Alliées de Genève, les troupes du roi François Ier envahissent la Savoie, qui restera annexée à la France pendant près d'un quart de siècle, au détriment de Turin et du duc Charles III de Savoie, exilé à Nice. Les fils de gentilshommes savoisiens iront désormais suivre leurs études à Paris ; ce sera la chance de Marc Claude de Buttet.

En 1544, à l'âge de 14 ans, il part étudier à Paris, probablement au collège de Bayeux, où enseigne Jacques Peletier du Mans. Il nous confirme qu'il a été « dès son enfance nourri à Paris à l'étude et à la connaissance des Lettres... ». Il est noté comme un élève doué en lettres, en philosophie, en géométrie et en mathématiques.

En 1546, il va étudier au Collège de Coqueret et au Collège des Lecteurs Royaux. Sous la direction du limousin Jean Daurat, il est initié à la versification française, grecque et latine. À ces leçons vont s'ajouter tous les ingrédients de la mythologie dont les festons viendront enrichir, sinon encombrer, les œuvres de nos poètes. Enfin, pour couronner cette solide formation, le maître Jean Daurat se complait à expérimenter l'adaptation de la méthode métrique latine à la versification française. Le résultat en a été controversé et Marc Claude de Buttet, en bon élève appliqué, s'y est brûlé les ailes dans une partie de ses œuvres.

À partir de 1547, il fréquente le cercle littéraire de la Brigade où se réunissent les anciens disciples de Jean Daurat : Pierre de Ronsard, Joachim du Bellay, Rémy Belleau et tous les fondateurs de la future Pléiade. Il est distingué à la cour du Louvre par le cardinal Odet de Châtillon, frère de l'amiral Gaspard II de Coligny, qui le fait entrer dans le cercle de la princesse Marguerite de France (1523-1574), duchesse de Berry, fille de François Ier. C'est là qu'il rencontre Béatrice Pacheco de Silva, épouse d'un grand seigneur savoyard, le comte Sébastien de Montbel d'Entremont. Elle est la première dame d'honneur de la reine Eléonore, deuxième épouse de François Ier. Elle sera la première égérie de notre poète et incarnera sa muse Amalthée. Mais, cette rencontre est éphémère. Le roi Henri II succède à son père, François Ier, mort le 31 mars 1547. La reine Eléonore, accompagnée de sa première dame d'honneur, part en exil à la cour de Bruxelles.

En 1549, Marc Claude de Buttet va heureusement suivre les préceptes de l'Art Poétique que vient de publier Joachim du Bellay : Défense et illustration de la langue française. Il se lie d'amitié avec Ronsard. Toute leur vie, ils échangeront des épigrammes louangeurs[3]. Il fait éditer sa première élégie Le Trépas de la Reine de Navarre. Cette œuvre de facture s'ajoute à celles de tous ses collègues de la Pléiade.

En 1554, il revient en Savoie. Chambéry est toujours soumis à l'occupation française, sous le régime d'un Parlement français. Celui-ci publie un nouveau règlement, préfacé par Barthélémy Aneau, dans lequel les savoyards sont traités de sauvages et de barbares. Marc-Claude de Buttet, faisant preuve d'un patriotisme audacieux, va publier à Lyon une vigoureuse réponse en prose, chez Angelin Benoist, intitulé Apologie de la Savoie contre les injures de Barthélémy Aneau. Les critiques considèrent que l'allure rapide de ce libelle et la verve continue de l'écrivain en rendent la lecture attrayante.

Rentré à Paris en 1556, il déclame les vers qu'il consacre à sa muse Amalthée à la cour du Louvre, en présence de la Princesse Marguerite, protectrice bienveillante de la Pléiade. Les jeunes filles de la Cour chantent ses odes au son du luth et du hautbois. Ultérieurement,certains de ses poèmes seront mis en musique par le compositeur Antoine de Bertrand.

En 1557, il fait connaissance de Jacqueline de Montbel d'Entremont, qui vient de quitter la cour de Bruxelles pour faire son entrée à la cour du Louvre, à l'âge de 16 ans, comme demoiselle d'honneur de la Princesse Marguerite. Elle est la fille unique de Béatrice Pacheco, sa première égérie, et la plus riche héritière du duché de Savoie. Belle comme le jour, elle est digne d'un tableau de François Clouet, dit Janet. Elle prendra le relais de sa mère pour inspirer l'auteur de L'Amalthée.

Tout à l'inspiration de sa muse, le gentilhomme savoisien semble définitivement intégré à la France. Il est destiné à vieillir doucement, entouré de ravissantes demoiselles d'honneur, entre le palais du Louvre et les châteaux de la Loire, au gré des déplacement royaux.

Pourtant un événement exceptionnel vient bousculer cette belle ordonnance et curieusement, c'est la Savoie qui est directement impliquée dans cette conjoncture.

Le duc Emmanuel Philibert de Savoie, fils de feu le duc Charles III, a pris la tête des armées de Charles-Quint et de son fils, le roi Philippe II d'Espagne, en qualité de Lieutenant Général. Il bat en 1557 les troupes françaises du roi Henri II à la bataille de Saint-Quentin et bénéficie le 3 avril 1559 du Traité du Cateau-Cambrésis. Ce brillant chef de guerre obtient la main de la princesse Marguerite et recouvre la souveraineté de son duché de Savoie que les Français vont devoir évacuer.

Le mariage est célébré par le cardinal Charles de Lorraine, dans la nuit du 9 au 10 juillet 1559, en l'église Saint-Paul à Paris. Il est endeuillé par la mort tragique du roi Henri II, grièvement blessé dans le tournoi qu'il avait organisé dix jours plus tôt rue saint-Antoine, en l'honneur de sa sœur Marguerite. Tous ces événements sont relatés dans les œuvres de Marc Claude de Buttet.

Le roi François II, âgé de 15 ans, et son épouse Marie Stuart, en succédant au roi défunt, trouvent les caisses vides. Leurs conseillers vont éloigner de la cour la plupart des anciens courtisans. La princesse Marguerite, devenue duchesse de Savoie, va suivre son époux, Emmanuel Philibert, à Turin. Sa demoiselle d'honneur, Jacqueline d'Entremont, s'est retirée dans ses terres. À la mort du jeune François II, survenue le 5 décembre 1560, son frère Charles IX lui succède sur le trône, à l'âge de 10 ans. Catherine de Médicis va assumer la régence du royaume. La France est bouleversée par les guerres de religion.

Rien ne retient plus en France le gentilhomme savoisien. Il reste quelques temps à Paris pour faire publier ses œuvres, dont il remettra un exemplaire à Marie Stuart, amie des poètes de la Pléiade — elle l'emportera en Écosse : le titre de son premier livre de vers, publié en 1561 à Paris, est inscrit sur le registre de la bibliothèque du palais de Holyrood. Il va rentrer définitivement en Savoie en 1562, pour retrouver Chambéry et son village de Tresserve, face au lac du Bourget. Il retrouvera aussi la belle Jacqueline d'Entremont qui s'est réfugiée à Saint André de Briord, en Bugey. Le poète amoureux traverse le lac pour la rencontrer dans « Un renommé château/Petit, mais fort et tout embracé d'eau »...car « Chez elle,Amour, mon batelier me pousse ». Elle se convertira au protestantisme et, devenue veuve de l'amiral de Coligny, sera persécutée pour ses opinions religieuses. De son côté, la duchesse Marguerite de Savoie conserve toute son amitié pour le poète qu'elle appelle « mon féal et chéry seigneur de Buttet ». À la mort de sa protectrice, survenue le 14 septembre 1574, il demeure inconsolable. Il publie un poème de vingt quatre sonnets pour célébrer celle qui « était aimée de tous et de nul blâmée. Elle était adorée de tous ses sujets »[5]. Désormais, il restera totalement étranger à la France dont il sera complètement inconnu. Les savoisiens ne l'ont pas adopté pour autant, n'ayant pas accordé à ses œuvres une saveur spécifiquement régionale, à l'exception toutefois des admirateurs de Tresserve, du lac du Bourget et du mont Nivolet. Ils seraient bien inspirés de reconnaître les mérites de l'enfant du pays dont le nom n'est mentionné sur aucune plaque de rue, sauf dans la ville de Chambéry.

Marc Claude de Buttet est mort le 4 août 1586, lors d'un déplacement à Genève, en présence de son vieil ami, Théodore de Bèze, qui jusqu'au dernier moment, tenta de le convertir à la Religion Réformée. Mais il refusa toujours d'abjurer la religion catholique, en demandant à ses neveux de le faire inhumer dans le tombeau de ses ancêtres, Claude et Mermet de Buttet, à Sainte-Marie-Egyptiaque de Chambéry. L'Académie de Savoie a célébré en 1986 le quatrième centenaire de sa mort, sous la présidence de Louis Terreaux. Deux académiciens, Henri Arminjon et Andrée Mansau ont prononcé, à cette occasion, des discours.

Publications
En 1560, Marc-Claude de Buttet publie à Paris un recueil de poésie, qui contient deux livres d’odes (25 pour le Premier livre des vers qui contient notamment l'Ode pour la paix et 31 dans le Second livre des vers) et qui sera réédité augmenté en 1575, L'Amalthée, œuvre en 128 sonnets, et l’Epithalame.

L'Amalthée, son œuvre la plus connue, est un poème d'amour qui se rapproche du canzionere de Pierre Ronsard, avec une dimension chrétienne.

Marc-Claude de Buttet fut un écrivain humaniste, dans la continuité de la Pléiade et de Pétrarque, ami de Guillaume des Autels. « Les sonnets sont en décasyllabes, une fois sur huit en vers de douze. Les Vers adoptent les formes lyriques strophiques des poètes de la Pléiade. Buttet s’est fait un honneur de rimer quelques pièces en vers saphiques, c’est-à-dire mesurés à l’ancienne avec des longues et des brèves. Il y maintient la rime constamment féminine. Le résultat est discutable » commente l'historien savoyard Louis Terreaux. Buttet introduit des mots nouveaux tirés du grec et du latin, « sur lesquels il se justifie fort mal ».

Il fut aussi poète glorificateur de la famille ducale de Savoie ; un sonnet est écrit en l’honneur du baptême de Charles-Emmanuel né en 1562, d’autres pour la victoire des Savoyards contre les Français à Saint-Quentin, une « juste guerre » d’ Emmanuel-Philibert pour sa « douce terre laissée » et défendant son « bon droit » et la « justice » contre la France qui « superbe » (orgueilleuse) « triomphait » de la Savoie.
Citations

Sur Chambéry

Or que l'hyver s'approche
Pingon, Pingon, vois-tu
La Nivolette roche
Haussant son chef pointu
Toutte de nege blanche (…)

Au Roi [Henri III]

Henri, le plus grand roi que soutienne la terre,
Apres avoir montré combien tu peus en guerre,
Mesme avoir envoié jusqu’au ciel tes hauts faits,
Retirant tes fureurs qui les mauvais punissent,
Affin qu’en tes pais tes belles loix fleurissent,
Sogneux de notre bien, tu apportes la paix.

Apologie de la Savoie

Quant à nos mœurs, la civilité a esté toujours à nous propre autant qu’aux autres nations : la magnanimité, le courage, la prudence, le scavoir, brief toutes les vertus qui s’emploient à la perfection d’un païs.

L'Amalthée

Dore en avant tu seras notre Apelle/Divin Janet, qui d'un pinceau savant/En tes tableaux as ja mis en avant/Les hauts pourtraits que la Grèce nous cele./Or si tu veux que ta gloire immortelle/Avec les ans ne s'en aille coulant,/Pein je te prie, le visage excellent/De la beauté sus toute beautés belle./Pein la, sans plus à mon dam retarder:/Mais garde toi de trop la regarder:/Ah, trop ingrat te serait ton ouvrage./Car en voiant un doux regard si beau,/Tu serais fet Pygmalion nouveau,/Mourant en vain d'une tant belle image.

Livre de Raison de Jehan Piochet de Salins (1532-1624), cousin du poète

[Marc Claude de Buttet] eust cest honeur d'estre cogneu et aimé de la perle de France, Marguerite, soeur du roi Henri second, depuis duchesse de Savoye.

Œuvres

* Apologie de Marc Claude de Buttet pour la Savoie, contre les injures de Bartholomé Aneau. Œuvre en prose publiée à Lyon chez Angelin Benoist.1554.
* Ode à la Paix, par Marc Claude de Buttet. Œuvre en vers publiée à Paris, chez Gabriel Buon. Avec Privilège. 1559.
* Épithalame ou nosses de très illustre et Magnanime Prince Emmanuel Philibert de Savoye et de très vertueuses Princesse Marguerite de France, Duchesse de Berry, sœur unique du Roy, par Marc Claude de Buttet, savoisien. Œuvre en vers publiée à Paris, de l'imprimerie de Robert Estienne.Avec Privilège.1559.
* Ode Funèbre sur le Trépas du Roi, où sont entreparleurs la France et le Poète, par Marc Claude de Buttet, savoisien. Œuvre en vers publiée à Paris chez Gabriel Buon. Avec Privilège. 1559.
* La Victoire de très Haut et Magnanime Prince Emmanuel Philibert de Savoie. Œuvre en vers publiée à Anvers, Chez Pierre Mathieu. 1561.
* Le Premier Livre des vers de Marc Claude de Buttet, savoisien, dédié à très Illustre Princesse Marguerite de France, duchesse de Savoie et de Berri. auquel a esté ajouté le second ensemble L'Amalthée.A Paris , de l'imprimerie de Michel Fezandat. Avec privilège du Roy. 1560 et 1561.
* Chant de Liesse sur la convalescence de Très Illustre Emmanuel Philibert , Duc de Savoie. Œuvre en vers publiée à Chambéry, de l'imprimerie F.Pomar. 1563.
* Sur la Venue de Très illustre Princesse Anne d'Este, Duchesse de Nemours et Genevois, en sa Ville d'Annessi. Œuvre en vers publiée à Chambéry, de l'imprimerie F.Pomar. 1566.
* L'Amalthée de Marc Claude de Buttet, Gentilhomme Savoisien, Nouvellement par lui revue, mise en son ordre et , de la meilleure part, augmentée. Œuvre en vers publiée à Lyon, par Benoist Rigaud. Avec Permission. 1575.
* Le Tombeau de Très Illustre, très Vertueuse et non jamais assez Louée, Princesse Marguerite de France, Duchesse de Savoie et de Berri. Inscript Le Tombeau de Minerve., par Marc Claude de Buttet, gentilhomme savoisien. Œuvre en vers publiée à Annecy par Jacques Bertrand. 1575.
* Les Œuvres Poétiques de Marc Claude de Buttet,savoisien.A Paris , chez Hiérome, de Marnef et la veuve Guillaume Cavellat, au mont Saint-Hilaire au Pellican. 1588.

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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Marc-Claude de Buttet de Wikipédia en français (auteurs)

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