L'invasion française de 1600 à 1601

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

L'invasion française de 1600 à 1601

Message par lebeaujus le Jeu 1 Déc - 9:03

Le Colonel Hardÿ de Périni, auteur de Batailles françaises en 1894, raconte le déroulement de cette guerre.

----------------------
L'ARMÉE DES ALPES

Henri IV réclamait au duc de Savoie le marquisat de Saluces, que Charles-Emmanuel, en 1583, avait enlevé à Henri III sans déclaration de guerre.
Henri IV
Le duc avait tait, en décembre 1599, un voyage à la cour de France dans l'intention de s'y créer des alliés, de conserver le marquisat et d'agrandir encore ses Etats en péchant en eau trouble.
« Rempli de grands désirs, écrit Bassompierre dans son Journal, Charles-Emmanuel avait ce malheur d'être placé entre deux voisins plus puissants que lui et, ne pouvant se tenir longtemps tranquille, il anima toujours l'un ou l'autre à entrer en guerre, s'ofrant à celui des deux qui voulut être l'agresseur. »
Charles-Emmanuel
l! comptait sur l'appui du comte de Fuentès, gouverneur du Milanais pour le Roi d'Espagne, et sur la trahison de quelques grands seigneurs français, les ducs d'Angouléme et de Bouillon, le comte de Soissons, le maréchal de Biron.
Rosny ne se laissa pas séduire par Charles Emmanuelle,Bien qu'il reconnut « qu'il n'y avait pas de coeur qui put tenir contre le charme et l'expression de son regard ou de son sourire et qu'il persuadait avant même d'avoir parlé. >>

Henri IV coupa court à toutes ces intrigues en se préparant à la guerre. 11 se rendit à Lyon,le 5 juillet 1600, pour se rapprocher du théatre des opérations et organiser l'armée des Alpes. Schomberg lui amena d'Allemagne 2.000 lansquenets. Une levée de milice provinciale fut incorporée en partie dans les Gardes-françaises,
Picardie, Piémont, Champagne et Navarre On reconstitua avec le reste les régiments supprimes on 1598.

Les compagnies des Gardes turent portées à 300 hommes les autres, à 200. On fixa à 6 sous, 8 deniers, la solde journalière du fantassin, à charge par lui de s'habiller et de se nourrir; celle du cavalier (cheval compris), à une livre et 3 sols, 4 deniers. Chaque soldat recevait deux pains de 12 onces par jour. L'armement était fourni par les capitaines.

Sans vouloir ajouter foi à l'accusation de trahison qui pesait sur Biron, le Roi le chargea d'envahir la Bresse avec les troupes de Bourgogne et de mettre le siège devant l'importante citadelle de Bourg, pendant que Lesdiguières, avec les garnisons du Dauphiné, entrerait en Maurienne pour attaquer Montmélian, clef de la Savoie.

Lesdiguières écrivit pour demander les Gardes. françaises

« Prenez patience, » lui répondit Henri IV, "je vous les amènerai. La dixième légion ne voyage pas sans César! "
Rosny ordonna aux lieutenants de l'artillerie du Lyonnais et du Dauphiné, aux commissaires de la Bourgogne, de la Provence et du Languedoc, de rassembler leurs meilleurs canons, de fabriquer un nombre d'affûts et de boulets proportionné et de faire transporter le tout, avec les poudres et autres provisions, de Lyon et à Grenoble. Lui-même, pour s'assurer que ses ordres avaient été compris et bien exécutés, fit le voyage de Lyon. Des voituriers de Paris y conduisirent, en seize jours, vingt canons, six mille boulets « et autres ustensiles d'artillerie » pesant ensemble 3.300.000 livres.

SURPRISE DE BOURG

Le 13 août 16OO, Biron se présentait.au point du jour, devant Bourg en Bresse, avec Champagne, Navarre, les carabins de sa garde et quelques pièces de canon.

Le gouverneur de la province, le comte de Montmayeur, était absent pour remplir sa charge de lieutenant-généra! de ia cavalerie de Savoie. Mais son frère, Jacques de Bouvens, commandant la citadelle de Bourg, était un homme de cœur, bien décidé à faire vigoureusement son devoir.

La ville fut enlevée dans des circonstances qui rappellent la surprise d'Amiens.

Le capitaine français Castenet et trois canonniers s'étaient avancés jusqu'à la contrescarpe avec un pétard ils étaient suivis de douze soldats, bien armés et d'une bravoure éprouvée.

« Qui va là? " cria la sentinelle.

–« Des amis du gouverneur, M répondit Castenet, « qui veulent lui parler de la part de Monseigneur le duc de Savoie. Va l'avertir de nous ouvrir la porte. »La sentinelle abandonne son poste et s'éloigne, à la recherche de Bouvens.

Castenet court a la porte, y pose son pétard, qui brise le pont-levis et fait brèche; les douze soldats y jettent les courtes échelles dont ils sont munis, franchissent le fossé peu profond et, après eux, toute l'armée de Biron la ville est prise.

Tout cela fut si rapide que Bouvens n'eut que le temps de se retirer, avec sa garnison, dans la citadelle, dont il ne devait sortir que le 9 mars 1601, sept semaines apres !a paix. Biron confia le blocus de cette citadelle au baron de Lux, avec quelque infanterie pour garder les batteries, et il alla conquérir la Bresse, le Bugey et le comté de Gex. Il prit successivement Poncin, Pont d'Ain, Ambronay,

DE GRENOBLE A CHAMBËRY (août 160O)

Le 14 août, le Roi établit son quartier générât à Grenoble. Il avait la cavalerie de sa Maison {400 chevaux), les Gardes françaises, trois compagnies suisses et quatre canons, amenés du fort Barraux, dont il donna la charge à Bassompierre, Vignolles, Termes et Contenan, lieutenant de ses chevau-légers.
Lesdiguières l'avait précédé dans la haute vallée de t'Isére. avec les arquebusiers du marquis de Créquy, son gendre, les régiments de Nérestaug et de Balagny, trois compagnies de Gardes-françaises sous le capitaine de Morges, les carabins du Dauphiné et deux canons. Le 17 août, il était devant Montmélian, dont la citadelle passait pour imprenable. La ville, en revanche, fut enlevée, sans coup férir. Créquy et Morges l'attaquèrent par les deux portes opposées. « Le pétard de Créquy fit à la porte des Capucins une brèche assez grande pour laisser passer sept compagnies. Celui des Gardes ne fit qu'un trou fort petit; il fallut rompre leur porte a coups d'artillerie et construire une barricade contre le château, qui tira force canonnades. » (Bpierre)

Jacques de Rivolles, baron de Brandis, commandait dans ce château, où i! y avait des vivres pour quatre mois, 30 pièces de canon montées sur affût et 8.000 boulets. On ne crut pas facile de le forcer et l'armée royale, y renonçant, fut divisée en deux corps. Les Gardes-françaises et suisses et le régiment Du Bourg-l'Espinasse allèrent, sous Crillon, investir Chambéry, le 20 août. Lesdiguières, continuant à remonter la vallée de l'Isère avec ses trois régiments et ses deux canons, se porta par Saint-Pierre-d'Albigny et Miolans, vers Conflans (au confluent de l'Arly et de l'Isère), où il croyait rencontrer les troupes du duc de Savoie. D'Albigny, qui les commandait, décampa en apprenant qu'il allait être attaque.

Le Roi était entre à Chambéry, le 23 août, aux acclamations des habitants. Il accorda au gouverneur, le comte Chabod de Jacob, de quitter le château, où il s'était réfugié avec 300 soldats, « enseignes déployées, tambour battant, vies et bagues sauves" et lui permit de passer en Tarentaise'.

Après avoir laissé à Chambéry une force suffisante pour garder ses approvisionnements et son parc de munitions, il rejoignit Lesdiguières devant Conflans, !e 27 août.

Crillon et Sully avaient quitté Henri !Y près de Satnt-Pierre d'Albigny, pour remonter la vallée de i'Arc, occuper Aiguebelle et mettre le siège devant les deux tours-Charbonnières.qui avaient joué un rôle important dans la précédente campagne. Crequy, en voulant s'en emparer, y avait été battu et fait prisonnier (février 1598).Le brillant mestre de camp etait impatient de prendre a Conflans, sous les yeux du Roi, une revanche éclatante.

Le lieutenant générât Lesdiguiercs, après avoir fait avec Crequy la reconnaissance de la place, avait indiqué un rocher à pic, d'où le canon dominerait le château de Conflans et en battrait l'artillerie; mais il déclarait le rocher inaccessible.

Créquy en jugea autrement et obtint de tenter l'escalade. « Il fit mener les deux pièces, leur munitions, gabions et plates-formes au pied de la montagne, si droite qu'à peine un homme y pouvait monter à pied. Puis il fit creuser des loges à l'usage des 50 Suisses, et des 50 Français qui, avec des cables, devaient guinder (hisser) les canons. C'étaient des gradins établis en relais de distance en distance. On y déposa d'abord les gabions, puis les plates-formes, les munitions, les affûts et finalement les canons avec une diligence incroyable. »La batterie fut préte à onze heures et commença a tirer sur le derrière du château, qui est au haut de la ville, a la grande surprise des assiégés, qui n'auraient jamais pu se douter qu'on les attaquerait par là. En même temps, une batterie basse faisait, en cinquante coups, une brèche a la courtine.

» A deux heures, des volontaires se préparaient à donner l'assaut devant le Roi, lorsque le gouverneur. le marquis de Versey, fit battre la chamade pour se rendre.

Les 1.300 hommes de la garnison défilèrent, le soir même, devant les Français, moins nombreux qu'eux.

Les Tour-Charbonniôrea (10 septembre 1600 )
Cet audacieux coup de main piqua au jeu le Grand-Maitre de l'artillerie, qui étudiait avec Crillon, à Aiguebelle, le moyen de faire capituler le château de Charbonnières, tout voisin de cette petite ville. Le gouverneur Humbert de Saix disposait de quelques compagnies du régiment piemontais de Bindi.

Rien n'est plus intéressant et plus instructif que le récit que Sully nous a laissé de l'entreprise.

LA GUERRE DE SAVOtE

« La première difficulté fut de faire approcher du canon à bonne portée de Charbonnières. Le seul chemin qui y conduit est extrêmement étroit et bordé, d'un côté par l'Arc, dont la rive est coupée de droit fil (à pic), et de l'autre coté par des roches inaccessibles. On faisait à peine une lieue par jour, parce qu'à tout moment on était obligé de dételer le canon, dont une roue portait à faux sur le précipice. Des pluies très fortes amenèrent de grands débordements de i'Arc.



Avant de dresser ses batteries, Rosny voulut connaitre la consistance des revêtements. Il alla, la nuit, sonder les remblais avec sa pique et trouva un bastion qui, au lieu de reposer sur le roc, était construit sur de la terre rapportée. Ce fut ce bastion qu'il choisit comme point d'attaque, à la condition de trouver un emplacement pour le canon. Or le château de Charbonnières est entouré de montagnes qui le commandent, mais si escarpées qu'un piéton a bien de la peine à y monter. Rosny, en rampant à travers les ruchers, découvrit un sentier où ii lui sembla qu'on pourrait, pendant la nuit, tralner du canon à force de bras. Le sentier était si près du fort qu'on y aurait jeté des pierres. I1 choisit 200 Français, autant de Suisses et promit à chacun un écu s'ils montaient, par ce sentier, six canons jusqu'à l'escarpement désigné.

II recommanda de faire le moins de bruit possible et, pour détourner l'attention des assiégeants, il envoya dans un chemin, à l'opposé du sentier, des chevaux et des charretiers dont les cris et !es claquements de fouet attirèrent l'attention et le feu de l'ennemi, sans grand dommage parce qu'ils étaient à l'abri des coups. A 9 heures du matin, les 400 hommes, conduits par Michel de la Vallée, lieutenant de l'artillerie en Bretagne, amenèrent à bras, sous le feu de la place (qui tua six hommes et en blessa huit), les six canons sur le rocher où le Grand-Maître avait déjà fait disposer les gabions, les madriers et tout ce qui était nécessaire pour établir des plates-formes. it n'y avait pas, à un quart de lieue, de terre pour remplir les gabions. On établit, au ras du roc, une palissade fort haute et fort épaisse, avec toute sa ramée, pour dérober à l'ennemi la vue des canons qu'i! aurait pu démonter. Les montagnes étant boisées, la palissade fut promptement construite. Les charpentiers et pionniers abattirent 200 gros hêtres, qui turent taillés en billots; les uns ronds, pour remplir les gabions, les autres carrés, pour former solidement le logement des six canons.

Afin de cacher leur emplacement, on avait perce aux deux extrémités de la palissade, une quantité d'embrasures gabionnées, sur lesquelles le fort ne discontinua pas de tirer; mais au hasard, car il ne connut la batterie que quand la palissade tut levée.

Le 9 septembre, a deux heures, tout était terminé. Le Roi, arrive, la veille, à Aiguebelle, ordonna, sur le conseil de ceux qui i'accompagnaient (le comte de Soissons, le duc d'Epernon, MM. de la Guiche et de Vitieroy de commencer le feu. C'était trop tôt, la journée s'acheva sans autre résultat qu'une centaine de coups perdus. Rosny coucha dans sa batterie et, malgré !a pluie qui tombait en abondance, il la fit perfectionner pendant la nuit.

Les assiégés travaillaient beaucoup aussi, craignant qu'on ne trouvât le point faible qu'ils s'efforcaient de protéger.

« J'en jugeai, écrit Sully, par les feux et les chandelles que je voyais dans le fort et je troublai la sécurité de la garnison par quelques coups de canon, tirés de temps en temps.

)) A !a pointe du jour, s'éleva un brouillard tel, qu'à 6 heures, on ne voyait pas le fort. Je m'imaginai que l'agitation de l'air causée par la canonnade dissiperait peut-être le brouillard et je fis tirer quelques volées, à coups perdus. Notre artillerie d'Aiguebelle n'eut pas plutôt répondu au canon de la montagne que le brouillard disparut.

Ce qui avait occupé les assiégés toute la nuit, c'était l'établissement d'une batterie de quatre pièces en face des miennes.que le tir prématuré de la veille avait découvertes et qu'ils cherchaient a démonter en ce moment. Il ne fallait pas leur en laisser le temps. Je fis pointer une pièce qui, donnant droit a leurs embrasures, démonta deux de leurs quatre canons, tua un çanonnier et en blessa deux autres. Leur première décharge nous avait tué déja six canonniers et deux pionniers, blessé quatorze personne:' (dont deux commissaires de t'artillerie) et renversé deux canons.

Le Roi accourut au bruit, vers les 9 heures, et fit apporter son déjeuner dans un abri que j'avais construit avec de gros arbres, couchés en entier les uns sur les autres en forme de rempart. Ma table de Grand-Maître, de quarante couverts, était dressée sous une voûte, taillée dans le roc par la Nature et tapissée de lierre. Le Roi m'y envoya un fort grand pâté de truites qu'il avait reçu de Genève.

Au moment où l'entourage du Roi accusait Rosny de perdre sa poudre contre un roc que le canon ne pouvait endommager, le tambour de Charbonnières battit chamade et le lieutenant de la place sortit pour traiter de la capitulation. Mais le Grand-Maitre exigea qu'on se rendit à discrétion, le lieutenant s'en retourna et le feu recommença.
La seconde volée mit !e feu aux poudres, ta troisième fit crouler le petit ravotin. Les assièges ne purent porter secours à la brèche, parce que les canons d'Aiguebelle. balayant le chemin couvert, leur enlevaient, à chaque salve, leurs meilleurs soldats.
Ils battirent, une seconde fois, la chamade. Rosny feignit de ne pas entendre et une nouvelle bordée, pénétrant dans !e terrassement sous les pieds du tambour. enleva celui-ci de deux toises en l'air, sans lui faire aucun mal. Alors, les assiégés attachèrent un drapeau au bout d'une pique, criant qu'ils se rendaient et priant qu'on ne tirât plus. Mais Rosny ne cessa le feu que lorsque les ennemis, ayant tendu la main par-dessus la brèche à nos soldats, it eut peur de tuer des Français, il monta à cheval pour entrer a Charbonnières, où, ému de compassion à la vue des femmes, des blessés et des brulés qui se jetaient a ses pieds, il accorda la vie à la garnison.

EN TARENTAISE (septembre 1600)

La prise de Charbonnières ouvrait a Lesdiguières la haute vallée de l'Isère. Il la remonta avec un millier d'arquebusiers du Dauphiné, qu'il avait depuis longtemps exercés à la guerre de montagne, aux attaques de nuit, aux coups de main jugés impossibles. Mais il trouva dans le capitaine Rosso, qui couvrait la retraite du comte d'Albigny vers la vallée d'Aoste, et dans les montagnards de la Tarentaise, des adversaires dignes de lui et de ses dauphinois.

Rosso défendit le col d'Aigueblanche, n'évacua Moutiers qu'après trois assauts et recula, pied à pied, sur la route du Saint-Bernard, en s'arrêtant pour faire tête, à Villettes, Aimes, Bellantre, Sext

Quand il eut rejeté au delà du Petit Saint-Bernard les derniers défenseurs de la Savoie, Lesdiguières prit position à Moutiers, au coude de l'Isère, entre la Tarentaise et la Maurienne, pour surveiller les débouchés des Alpes et attendre l'arrivée du duc de Savoie, qui mandait d'Ao&te. te 20 septembre, à Jacques de Brandis, gouverneur de Montméiian :« Je serai bientôt à vous avec grains, chevaux et argent.

Cette menace n'enraya pas Rosny. !i obtint d'llenri IV, retenu A Grenoble par des négociations matrimoniaies, l'autorisation d'assiéger la forteresse de Montméiian.

Montmélian (octobre i6oo)

C'était une des plus célèbres de l'Europe, construite sur un rocher accessible seulement du côté de la ville et dont la rampe était coupée par un fossé large et profond, taillé au ciseau dans le granit.

Elle avait trois bastions, dont les fondations, enfoncées d'une toise et demie dans le roc vif, ne pouvaient être sapées ni minées. Trente canons garnissaient les remparts.
Rosny s'aperçut, en faisant sa reconnaissance de nuit, que le bastion de Mauvoisin, d'ailleurs mal flanqué, était creux à l'intérieur. On pouvait donc y faire brèche si l'on trouvait un emplacement pour les batteries.

Le Grand Maitre explora la campagne avec ses commissaires, Lésine, Meignan, Fougères et son ingénieur Errard, pendant qu'un millier de paysans, réquisitionnés dans les paroisses, ouvraient la tranchée entre la ville et le château. L'investissement était connu aux régiments de Créquy et du Bourg-l'Espinasse. Ce dernier, reformé à Lyon pour la campagne de Savoie, conservait !e drapeau noir sous lequel it avait défendu Paris, en 1594, contre Henri IV.

Près du fort et sur la rive droite de l'Isère, les montagnes étaient absolument inaccessibles; mais en passant la rivière, on trouvait, à bonne portée, une eminence d'oû on plongeait dans l'intérieur de la citadelle. On découvrait le puits, le magasin, la porte du donjon et les principaux corps de garde.

Hosny mit en batterie six gros canons, sous le feu continuel des assiégés, pendant que 14 pièces, sur la rive droite, commençaient le bombardement du château Cela suffit pour pour décider le gouverneur à un accommodement. Le 14 octobre, Jacques de Brandis promit de rendre sa citadelle le 16 novembre, s'il n'était pas secouru dans l'intervalle. Il laissa tes Français s'emparer des portes et ne songea plus qu'a obtenir du Roi les 20.000 écus qu'il prétendait lui être dût par Chartes-Emmanuel.



La Savoie était conquise, comme la Bresse et le Bugey. Les trois provinces semblaient résignées à changer de maitre à la seule exception de la citadelle de Bourg, dont le gouverneur Jacques de Bouvens fit cette belle réponse a la sommation de Henri IV.

« Sire, quand cette place me fut remise, je fis délibération de m'y ensevelir et d'y rendre le devoir d'un homme de bien. Je regrette que Votre Majesté n'en veuille pas faire la preuve par la force. »

A 3 lieues de Genève, le duc de Savoie avait construit le fort Sainte Catherine, menace perpétuelle pour la citée indépendante.

Le fort était défendu par Georges de Lucinge, qui, sommé de se rendre, fit une réponse analogue a celle de Bouvens. Le comte de Soissons l'investit avec le régiment du Bourg i'Espinasse.

Cependant le Roi. impatient d'en finir s'était transporté a Chambéry dans les premiers jours d'octobre et, après une entrée triomphale à Annecy, il avait fait, accompagné de la "cornette blanche" et du régiment de Nérestang, une reconnaissance des passages par lesquels Charles-Emmanuel et son armée pouvaient entrer en Savoie.

Le 10 octobre, il était a Beaufort, venant de Faverges. Le 11, il gravissait le col du Cormet, entre Bourg Saint-Maurice et MoutiersIl y enlevait un poste piémontais, puis il rentrait à Chambéry, par Saint-Pierre d'Albigny, pour attendre les événements. Ils ne turent décisifs qu'un mois après.

PASSAGE DU SAtNT BERNARD (novembre 1600)

Le duc de Savoie quitta le vat d'Aoste, le 7 novembre, avec 22.SOO combattants piemontais, espagnols, suisses ou savoyards, franchit le Petit Saint-Bernard et descendit dans la vallée de l'îsere.

Le 11,des feux allumés sur les sommets des Alpes, annoncêrent que le passage était terminé et la bataille imminente. Le duc établit son quartier général à Vilette et fit face à Lesdiguières, dont les avant-postes gardaient !e pas do Sext.

Les 4000 Espagnols prêtés par le comte de Fuontès avaient refusé de dépasser le Saint-Bernard. Le Roi, accouru de Chambéry, voulut, des le lendemain, engager l'escarmouche. Les arquebusiers dauphinois attaqueront Vilette de front et de flanc, par des prec!pices à pic, sans déloger les Piémontais. La neige envahissant les passages, vint empecher tout engagement. D'ailleurs, le château de Montmelian était aux França!s. Brandis, sans même attendre !a date fixee, l'avait évacué avec sa garnison,

Le duc n'avait plus que la îorteresse de Bourg et le fort Sainte-Catherine.
Mais Lucinge, en apprenant que l'armée de secours était immobilisée entre Moutiers et le Saint-Bernard, capitula malgré ses belles résolutions, dans les premiers jours de décembre 1600.

PAIX DE LYON (16 Janvier 1601)

Charles-Emmanuel fût trop heureux d'accepter la paix que le cardinal Aldobrandin, neveu du Pape Clément VIII négocia en son nom.
Elle fut signée à Lyon, le 16 janvier 1601, quelques jours après te mariage d'Henri le Grand avec Marie de Médicis.

Le duc payait 300.000 livres pour les frais de la guerre et conservait le marquisat do Saluces. Le Roi lui rendait les places conquises en Savoie, mais non les canons et le matériel qu'il y avait trouvés.
La Bresse, le Bugey, le Comté de Gex, !e Va! Romey, étaient à tout jamais annexés à la France, prenait le Rhône pour limite naturelle, depuis Lyon jusqu'aux portes de Genève.

Ma!gré la belle résistance de Bouvens, qui n'evacua la citadelle que le 9 mars 1601, Bourg devint place frontière en face de la Franche-Comté Espagnole. Le régiment de Champagne qui en avait fait le blocus, y resta en garnison jusqu'en 1611, epoque où !a place fût démantelée. Son Aide de camp, Pierre de Boësse de Pardaillan, en fut nommé gouverneur.

On railla le présomptueux duc de Savoie d avoir, apres tant d intrigues, de marchés de conscience, de trahisons. en quarante Jours, échanger ses riches gentilhommes bressans contre moitiée moins de pauvres paysans piemontaits
------------------

Titre : Batailles françaises. [2e série] / Colonel Hardy de Périni

Auteur : Hardÿ de Périni, Édouard (1843-1908)

Éditeur : A. Majesté et L. Bouchardeau (Châteauroux)

Éditeur : E. Flammarion (Paris)

Date d'édition : 1894-1906



Source : Bibliothèque nationale de France, 8-Lh1-72 (2)
www.123savoie.com/

_________________
Il y a trois type de biens, l'indispensable, l'utile et le superflu
http://saintbernard.frbb.net/
avatar
lebeaujus
Admin
Admin

Messages : 488
Date d'inscription : 18/01/2011
Age : 59
Localisation : les Bauges

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum